02 juin 2012

Le château de la Fontaine

Si vous souhaitez participer, laisser un témoignage relatif à Patrick, vous pouvez obtenir l'autorisation de publier à l'adresse suivante :  montigne@gmail.com


Un clic vous emportera vers le site du château de la Fontaine :


L'Espace Art Pluriel avait comme vocation l'organisation de manifestations culturelles, de concerts avec entre-autres, parmi les dizaines d'artistes et orchestres accueillis, Eric Heidsieck pianiste, Roustem Saïtkoulov, pianiste, Mark Drobinsky, violoncelliste, Gabriel Fumet, flûtiste, Klara Csordas-Witt mezzo-soprano, Mikail Golikov, Rémy Aron, peintre, Yehudi Menuhin, Jacques Chirac (artiste dans son genre) …; des expositions; les classes de maîtres de peinture, de sculpture, de chefs-d'orchestre, de piano ou de violoncelle ; des stages préparant au 3ème cycle des conservatoires de musique et j'en passe.

Cette association est désormais dissoute du fait de la mère de Patrick qui n'a jamais accepté cette réalité que Patrick fût gay et surtout que ça se sache. Elle n'a eu de cesse, dès le lendemain de son décès, de liquider tout ce qui avait trait à lui. Fred, le cheval, fut le premier d'une longue liste d'êtres vivants à être bazardés ou bafoués en plus de l'indécence de cette femme qui s'est plongée, le jour même, dans notre intimité dans un silence rompu uniquement par le bruit du papier qu'on déchire et ponctué de lamentations surréalistes à propos de ce fils qui ne savait rien gérer ! Depuis je n'ai eu aucun répit jusqu'à mon départ forcé et précipité 40 jours après son décès.


de la part de Sandra

"J’ai lu et relu, entre les lignes aussi, j'avais envie que ça continu, comme dans un roman je voulais en savoir d'avantage. Puis je me suis aperçue qu'il n'y aura pas de suite, car c'était la fin d'une histoire. Et ces personnages, que tu as décrits avec tant d'humour et poésie, sont aussi ceux que j'ai connus dans le temps. La vie m'a épargné la confrontation en direct avec eux: j'étais en Italie. J'ai échappé à tout ça, pas toi. Je me rends compte de la souffrance que tu as dû endurer, car, en plus d'avoir perdu l'amour avec qui tu as vécu la moitié de ta vie, tu l'as pleuré dans une réalité cauchemardesque. 
Je te remercie pour ce blog qui me permet de participer à la mémoire de Patrick qui était un ami et un grand homme. Et surtout ton homme, c'est pour ça que tu as été tellement jalousé par sa mère et par d'autres espèces d'amis possessifs. Mais les souvenirs de votre vécu, ni sa mère ni ces faux amis ne pourront jamais les offusquer.
Amen
Sandra"

01 juin 2012

Quelle heure est-il ?


Il faut rédiger le faire-part de décès de Patrick, le Figaro sera choisi. Je commence, comme de coutume, par le nom de la mère suivi du mien puis de la formule consacrée.
- Je préfère que vous enleviez votre nom, on va me demander qui vous êtes, m'exhorte-t'elle.

La mère, le maire, l'imprimeur et le vétérinaire


- Habib, savez-vous où est passée la montre que Patrick devait certainement avoir au poignet ? Je ne retrouve pas sa carte bleue non plus. L'avez-vous vue ? ça commence ainsi.

L'atmosphère est feutrée mais les actes sont d'un autre temps. L'homophobie est aussi insidieuse dans son expression que le racisme quand il se teinte de cette compassion répulsive qui prend des gants chirurgicaux pour lacérer les chairs jusqu'à l'âme.

Fort du soutien de véritables amis scandalisés par l'odieuse attitude de la mère de Patrick à mon égard,  j'ai décidé de me rebeller contre le sort injuste qui m'est réservé par le fait d'une seule personne qui n'aura jamais su totalement masquer son inimitié. Voici le lien qui préfigure l'action en justice afin que je ré-intègre le lieu qui me revient :
Constat d'huissier et bail

Une chronique étouffante de la bourgeoisie de campagne

Le temps se contracte quand je découvre son corps inerte, l’œil entre-ouvert qui me fixe. Je lui parle, ne comprenant pas qu'il me regarde sans rien dire, mais la position de son corps est anormale. Ce grand corps ne peut avoir pareille souplesse. Je le secoue, espérant un réveil, en vain. Mon ami n'est plus.
Cet homme entier était une crème d'homme, ses amitiés sincères, son cœur gros ça comme. Les serments avaient valeur ultime mais pour la vulgarité, c'était interdiction de cité, son hospitalité était un préalable social, chacun était à l'aise en sa présence car il était d'une bonté infinie. L'univers qu'il avait créé constituait un micro-climat dans cette campagne recluse. Il n'avait pas d'inimitié car sa profonde spiritualité désavouait le conflit. Les envieux étaient ses principales connaissances locales mais n'étaient jamais devenus ses amis.

Que penserait-il de ce qu'il se passe aujourd'hui ?

Habib, je dois vous parler ! intime madame.
Mais que me veut-elle encore ? il était convenu qu'on essaierait de bien se tenir pendant le deuil.
Sous des allures urbaines, elle est comme l'essence enflammée qui aspire l'oxygène. Son pas décidé et court prévient de son humeur. Elle a ce mouvement volontaire des épaules rythmant sa démarche comme pour s'encourager, manière de prévenir son interlocuteur.
- savez-vous où se trouve le livre du bureau ?
- quel livre, madame ?
- celui que le fils de ma cousine a pris en photo lors de son inventaire. Il était sur cette pile.
- je vérifierai si je l'ai peut-être emporté car le déménagement précipité a suscité tant de changements que ça pourrait bien être dans mes affaires.
- Bien, je compte sur vous pour me le retrouver.
Sa suspicion soudaine éveille la mienne, vingt-six années passées avec Patrick et toujours pas de respect. Elle n'aura pas tardé à entrer dans notre intimité avec cette gourmandise coupable du curé dépiautant sa carcasse de poulet. Tous les documents, reliques et souvenirs inclus dans l'espace dont elle est à présent gestionnaire sont passés sous sa coupe. Y compris les miens. Le passage du chagrin à une triste réalité fut bref.
Notre vie bohème et inspirée n'était que provocation et débauche comparée à sa norme. Les concerts, entreprises éditoriales et musicales, les manifestations culturelles… tout cela n'était pas digne du destin qu'elle lui réservait. L'entreprise était un gouffre et les Danaïdes y avaient fait leur tonneau
Elle est la seule à feindre d'ignorer que son fils vivait en couple avec un autre garçon. Que leur relation était autant charnelle qu'amoureuse mais… peu lui importe, elle se débarrassera de moi comme elle le fit des meubles, des murs, du cheval, des oies, des chats… de toute trace du passage de son fils.
Dès qu'elle apparaissait, une chape de plomb s'abattait sur la maison, elle prenait la barre et ne la lâchait qu'une fois reconduite à la gare. Il la suivait, obéissant, sans jamais la contredire, aimant sa mère, il ne voulait pas qu'elle fît une jaunisse de la moindre contrariété là où son caractère slave ne voyait que fatalité et son amour filiale une obligation irréductible. Ses confidences étaient aussi rares que précieuses, il était sur le point de réaliser son rêve musical, l'esprit flottant au dessus des contingences, malgré les remontrances d'une mère toujours inquiète. Il l'aura subie, il m'aura choisi, ça doit faire mal à l'ego d'une mère castratrice.
Patrick est décédé, son corps repose depuis la veille dans la chambre où il fit son ultime malaise.
La noria des lèche-culs chante sa mélopée.
Madame le maire du village sera une des premières personnes à prêter assistance à madame sa mère, se proposant d'emblée de racheter le château comme si l'urgence était de l'en débarrasser alors qu'il repose encore à l'étage ; elle en profitera pour instiller son fiel dans l'âme d'une mère désemparée. Le vétérinaire se portera acquéreur de son ordinateur, afin de mieux connaître le défunt par son intimité posthume. Il sera l'objet d'une description quand j'aurai fini de planter le décor.
L'imprimeur offrira ses services jusqu'au bout, par fidélité obtuse, jusqu'à verrouiller le château d'une ceinture de panneaux de bois cloués de l'intérieur. On pensera à un Vauban des prisons.
L'esprit de Patrick les aura tous abandonnés, désormais orphelins de sa grâce, ils reprendront vite le chemin du matérialisme sublimé par un réalisme cynique et cette soif de reconnaissance pour un défunt désormais inoffensif avec sa mère à satisfaire.
Lundi 14 mai, Bertrand Delanoë a rendu hommage à la mémoire de Patrick à l'Hôtel de Ville de Paris.
Arrivé tôt, le chef du protocole m'accueille dans la cour d'honneur et me fait la confidence du ministère régalien qui attend le maire de Paris. Il me demande comment se passe le deuil et je ne peux m'empêcher de lui narrer les mésaventures locales. Delanoë se tournera vers moi exclusivement quand il présentera ses condoléances à la famille.


31 mai 2012

hbb & ps

Les choses avaient une place, elles n'en ont plus.
Assailli de doute, penser passer par le chas d'une aiguille.
Arroser l'idée de la fontaine irriguant l'esprit, savoir qu'on a su apprendre à recevoir et être reçu,
savoir qu'on naît quand on se dit tu me tues.


01 mai 2012

Testimonio di Sandra


Comme un chef d'orchestre de la vie, il a fait jouer chacun de nous son propre instrument. Il a aimé chaque être vivant qu'il côtoyait au point que chacun se croyait son ami privilégié, y compris le petit rouge gorge qui venait chaque matin du printemps à un mètre de ses pieds. Combien de fois il m'a racontait cette anecdote?
Comme le rouge-gorge, qui remplissait le cœur de Patrick de bonheur, je me sentais en paix quand il m'ouvrait la porte en disant: « Ma petite. Sandra, come va? - Le petit Habib est au 3e. - Tu restes dîner avec nous ce soir? ».
« Cosa c'é al menù stasera? » était ma réponse avant tout. Je pouvais accepter si par exemple il y avait un poulet rôti: « Merci. Super, je meurs de faim ». Mais je devais refuser s'il n'avait cuisiné que 2 truites: « Merci. C'est dommage, je viens de grignoter et je n'ai plus faim ».
Je savais que son grand cœur ne regardait pas s'il y en avait pour 3, je sentais seulement qu’il était rempli si moi je disais oui.
Ces détails sont juste une métaphore.
Arriver à la conclusion intime et profonde que la disparition soudaine de Patrick a provoqué un ricochet pour ceux qui l'ont aimé est une évidence.
Interpréter ces symboles donnerait une réponse qui serait différente pour chacun de nous.
L'intelligence et les mots bien placés nous réconfortent mais le moment de réunir nos pensées dans une seule et unique pensée est au rendez-vous.
Dieu ou déesse, religions, mysticisme, spiritualité, tous ces mots je les ai prononcés au temps où j'y croyais; mais que le temps vécu dans notre société matérialiste a estompé peu à peu ma quête du divin.
Depuis que notre ami nous a quittés, j'ai éprouvé ce qui est inexplicable par les mots que je connais. Le voyage, les échanges et les rencontres qui ont suivi, entre amis et inconnus, ont alimenté cet inoubliable et indéfinissable ricochet de pures pensées d'Amour.
Certains ont évoqué, comme si l’on me connaissait depuis toujours, des mots ciblés qui m'ont laissé une certitude. Dieu s'est manifesté avec la mort de Patrick.
Sandra

14 avril 2012

2gether

en voilà deux qui ne s'aiment pas